
Par les temps qui courent – et ils courent déjà depuis déjà belle lurette –, le cynisme semble l’ennemi à abattre, en appelant à faire tout « autrement ». Le cynisme nous offre pourtant des moments de pur ravissement, comme en cette première de la nouvelle saison du Ciné-club Spirafilm, ce lundi dernier, à la salle Sylvain-Lelièvre.
Les bruits des fourchettes d’un vieux couple indifférent trop habitué à la présence de l’autre conduisent Mia, témoin de la scène, à annuler le déménagement prévu avec son amoureux. Amour du temps qui passe auquel on tente d’échapper, c’est celui qu’a présenté sans pathos Jean-François Aubé dans le court-métrage d’ouverture, très justement intitulé Des bruits des fourchettes (2010).
Des orphelins qui remplacent des chiens-guide pour aveugles, des slogans comme « Le travail n’a jamais tué personne » pour empêcher l’avènement d’un syndicat, une fillette mutique qui parle le gaélique au fin fond de l’Abitibi, un Irlandais ex-communié qui arrive comme un Messie… : André Forcier, dans Je me souviens (2009), nous lance en pleine poire sa vision caustique et onirique d’une Grande Noirceur qui a des airs du Québec contemporain. Tout au plus la collusion d’alors – entre l’Église catholique, le gouvernement et le patronat – a-t-elle glissé depuis vers d’autres secteurs. Mais là où les récentes magouilles suscitent une grogne encore gentille, celles d’autrefois donnent lieu à un film truculent, pittoresque et, néanmoins, d’une intelligence subtile. Bref : à voir plutôt qu’à raconter.
André Forcier, présent pour l’occasion, était d’ailleurs avare de commentaires à la suite de la projection de son long-métrage. « Avez-vous réellement tourné en Irlande? » « Oui. » On l’aurait aimé moins laconique, mais le malaise prolongeait une soirée pleine d’authenticité. Celui qu’on surnomme l’ « enfant terrible » y est tout de même allé d’une charge contre le cinéma québécois, en partie victime de « réalisateurs proprets » qui reprennent les recettes de la télévision et misent sur des humoristes, ne livrant guère plus que des spectacles d’humour sur grand écran.
Il y avait certes quelque chose d’ironique dans cette salle à moitié pleine pour assister à un remarquable film d’auteur, qui plus est en présence de l’auteur lui-même, quand tant d’autres événements de moindre qualité attirent les foules… Mon cynisme à moi, quoi.
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Au programme du prochain rendez-vous, le lundi 24 octobre 2011, à la salle Sylvain-Lelièvre : le court-métrage Import/Export, suivi de Continental, un film sans fusil, en présence du jeune réalisateur Stéphane Lafleur.
[ À consulter : Spirafilm "refait son cinéma" à Limoilou ] [ Programmation complète du Ciné-club Spirafilm 2011-2012 ]

