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Le p’tit gars qui ne voulait pas être soldat

Publié le 17 mai 2010 par Julien DallaireCommentaires (0)

En ce matin de février 1953, le couvent Saint-Fidèle, situé sur la 12e Rue près de l’externat classique Saint-Jean-Eudes, est submergé par le bruit qui provient de l’autre côté de la rue.

Source : églisedequebec.orgC’est là qu’on construit la toute nouvelle église Saint-Fidèle. On ne peut qu’être impressionné par ses dimensions; 1250 personnes pourront prendre place dans sa nef. Elle est bâtie au goût du jour. Pauvre vieille église : érigée en 1928, elle était devenue trop petite pour la paroisse qui a tellement grandie depuis sa fondation. Désuète aussi. Elle a maintenant tous les défauts inimaginables…

Dans la classe de 1ère année des garçons située au rez-de-chaussée (à l’époque, les garçons de 1ère et 2e années fréquentaient le couvent avant de migrer vers le collège pour le reste du primaire et le secondaire), Soeur Solange-Marie (SSSCM) nous enseigne la religion, plus exactement le petit catéchisme. On apprend par coeur les questions et réponses qui vont nous marquer pour toujours tellement on les a répétées. Elle est pleinement consciente du rôle important qu’elle est en train de jouer, car elle nous prépare au sacrement de la Confirmation que nous recevrons avant la fin de l’année scolaire. Nous avons l’âge de raison, à ce qu’on dit….

En ce beau jour de février, elle nous explique que par la Confirmation, nous allons devenir des soldats du Christ. Et voilà que je me mets à pleurer en disant que je ne veux pas être soldat, mais chauffeur de camion comme mon père… Je ne me souviens pas de ce qu’elle m’a dit pour me consoler. J’ai reçu la Confirmation – incluant le soufflet – le 16 avril 1953. Je suis devenu soldat du Christ sans trop savoir ce que cela voulait dire…

————–

Cinquante ans plus tard, j’ai revu Soeur Solange-Marie. Quand je lui ai dit mon nom, elle s’est mise à rire en disant « Oh oui, le p’tit gars qui ne voulait pas être soldat! »

[ À lire aussi : Souvenirs d’enfance (7) : Les Plouffe et la dame à l’oreiller. ]

Souvenirs d’enfance (7) : Les Plouffe et la dame à l’oreiller

Publié le 26 avril 2010 par Julien DallaireCommentaires (0)

© Les Archives du Photographe, collection Jocelyn Paquet.
- M’man, j’ai vu une madame avec un oreiller.
- Qu’est-ce que tu m’chantes là?
- Devant l’épicerie, j’ai vu une madame avec un oreiller, comme à la télé.

Après une seconde de réflexion, ma mère se mit à rire et tout le monde dans la maison avec elle…

Les PlouffeDans les années 50, le « programme à voir », c’était Les Plouffe, l’adaptation pour la télévision du roman de Roger Lemelin.

Tous les mercredis soir, à 20 h 30, on se réunissait au salon. On avait donc hâte que « Pays et merveilles » avec André Laurendeau finisse. Même les voisins qui n’avaient pas encore la télé venaient s’asseoir avec nous. Nous faisions partie des premiers de la 13e Rue à avoir la télé (Pas de cadeau de Noël cette année-là!).

Il y avait aussi les dizaines de personnes massées devant les vitrines de F&L électrique & TV enr. sur la 4e Avenue, en face de l’église, entre l’épicerie Langlois et Martel le coiffeur. Les télés étaient ouvertes et le son était retransmis à l’extérieur du magasin.

Quel est le lien entre la dame à l’oreiller et les Plouffe? Dans l’épisode présenté peu avant, Cécile (interprétée par la grande Denise Pelletier) était enceinte… Toute notre famille s’était attardée sur le fait qu’elle portait sûrement un oreiller. Et c’est ce qu’un enfant de 8 ans avait retenu de la scène… On m’a probablement dit que je comprendrais plus tard…

[ À lire aussi : Souvenirs d’enfance (6) : moi et mon p'tit frère Michel. Aussi : Les Archives du Photographe. ]

Souvenirs d’enfance (6) : moi et mon p’tit frère Michel

Publié le 1 avril 2010 par Julien DallaireCommentaires (0)

Source : Julien Dallaire.Je suis assis sur les marches de l’escalier, en compagnie de mon p’tit frère Michel.

Nous attendons bien sagement notre père. Il doit venir nous chercher dans quelques minutes. Dès que M’man nous a fait le message, « on s’est dépêché », comme on dit. M’man nous a fait un lunch en vitesse : un sandwich à la confiture de fraises et une bouteille de « John Collins » remplie de « Kool-Aid » pour chacun. On s’en va à Saint-Casimir…

Mon père conduit un « 5 tonnes » International 1948 pour le Canadien National. C’est l’été; les vacances pour moi qui ai 9 ans… Michel en a 6. Les vacances signifient aussi les travaux de réfection et d’entretien de la voie ferrée… Les « gangs », comme on les appelle, qui sont disséminées dans la région de Québec et les comtés environnants : ces ouvriers ont besoin de matériel; c’est mon père qui le livre, et parfois, c’est à l’extérieur de la ville. Il appelle alors ma mère… en douce… Les patrons l’ignorent… Et nous voilà partis pour une grande expédition.

La grand’route défile lentement. Les villages se succèdent : Saint-Augustin, les Écureuils, Donnacona et ainsi de suite. La « 40″ n’existe pas. Nous roulons sur la « 2″, route à deux voies où les enfants que nous sommes jouent à qui va compter le plus de « vans » qui vont et viennent. Chaque fois que nous croisons une église ou un calvaire, mon père porte la main droite à son front. Le paysage que j’affectionne encore aujourd’hui, c’est le coin des Écureuils où la route longe le fleuve. Au grand soleil, c’est fantastique! Le périple dure une bonne partie de la journée. On rentre à la maison avec la hâte au prochain voyage…

Ces « expéditions » vont se répéter au besoin. Saint-Marc-des-Carrières, Saint-Augustin, Charny, Sainte-Anne-de-Beaupré : voilà les destinations dont je me souviens. Et quels souvenirs indélébiles elles vont laisser!

Cette année-là, Michel s’est caché quand est arrivé le jour de la rentrée scolaire. Il ne voulait pas aller à l’école parce qu’il ne pourrait plus faire les voyages avec mon père…

[ À lire aussi : Souvenirs d’enfance (5) : Un p’tit gars de Limoilou et la révolution hongroise. ]

Souvenirs d’enfance (5) : Un p’tit gars de Limoilou et la révolution hongroise

Publié le 10 mars 2010 par Julien DallaireCommentaires (1)

Novembre 1956. Les chars d’assaut soviétiques envahissent Budapest et mettent fin au rêve de libération du joug soviétique que les Hongrois entretiennent depuis à peine 10 jours…

L'Action catholique du 6 novembre 1956.J’ai 10 ans à l’époque et franchement, mes pensées sont loin de la Hongrie. J’en ai entendu parler comme ça aux nouvelles de Radio-Canada ou dans les journaux (ci-contre, L’Action catholique du 6 novembre 1956), mais tout cela est bien loin de mes préoccupations…

Un samedi matin, j’apprends que mon père doit prendre livraison d’une importante commande d’épicerie qui doit être livrée à Lévis. Cette commande a été faite Chez Nolin (coin 4e Avenue et 12e Rue) et mon père a obtenu que M. Nolin utilise son station-wagon qui sera rempli à ras bord. Je peux faire partie du voyage. C’est un cadeau du ciel…

C’est à la toute fin que je suis mis au courant de la raison de ce voyage « extraordinaire ». Mon père travaille au Canadien National. Il est responsable de l’approvisionnement des trains de voyageurs en partance de Québec pour Montréal, l’Abitibi ou Chicoutimi. Il a reçu un mandat spécial : fournir en denrées un train rempli de réfugiés hongrois qui ont fui leur pays et veulent s’établir ici au Canada. Ils sont arrivés par bateau à Halifax et y ont pris le train. Lévis est un arrêt obligatoire sur le long chemin qui les mènera vers l’Ouest canadien. Le gouvernement leur vient en aide… Et le les vois, à travers les fenêtres des wagons, le regard vide, fascinés par ce nouveau monde de richesses qu’ils découvrent.

Ce n’est qu’une anecdote dans la vie d’un p’tit cul… Mais c’est avec le recul que cette petite histoire prend toute son importance. « C’est vrai, ça m’rappelle… ».

[ À lire aussi : Souvenirs d’enfance (4) : La messe de 9 heures. ]

Souvenirs d’enfance (4) : La messe de 9 heures

Publié le 24 janvier 2010 par Julien DallaireCommentaires (0)

Il est 9 h 05 en ce dimanche d’avril 195… Nous sommes à Pâques. La messe est commencée dans l’église paroissiale pleine à craquer. On s’est mis sur son trente-six (ou son trente et un, c’est selon ). Ce n’est pas la grand-messe, donc tout est silencieux dans la nef à part les dizaines de personnes qui se raclent la gorge ou qui toussent.

Église Saint-Fidèle. Photo : Jean Cazes, 22 janvier 2010.Dans ce demi-silence que même le prêtre ne brise pas, occupé qu’il est par ses litanies, on entend tout à coup des talons qui claquent sur le plancher de terrazzo. Tout le monde ou presque sait que Madame C., la femme de l’épicier, fait son entrée. Ses retards sont fréquents mais, en ce dimanche, elle a une raison majeure de le faire : elle étrenne un nouveau chapeau — fait sur mesure — et tient à le montrer. Elle traverse toute la nef jusqu’au premier banc tout à l’avant accompagnée par le regard curieux des hommes et disons-le, jaloux des femmes.

Sa robe neuve est coordonnée à son chapeau (ou l’inverse) mais ce dernier constitue le point d’attraction avec ses grandes plumes multicolores. Et surtout, il lui donne encore une fois l’avantage sur Madame V. l’épouse du docteur dont le couvre-chef était moins étincelant. Elle tentera de se reprendre. La vengeance est douce…

Son mari l’accompagne, un peu en retrait. Vêtu plus sobrement, il n’est pas peu fier du succès de son épouse. L’argent doit servir… Et il servira encore à l’été, à l’automne et à l’hiver prochains.

[ À lire aussi : Souvenirs d’enfance (3) : Aller-retour à la pharmacie…. ]

Souvenirs d’enfance (3) : Aller-retour à la pharmacie…

Publié le 21 décembre 2009 par Julien DallaireCommentaires (0)

J’avais 10 ans à l’époque; c’était dans les années 1950. Ma grande soeur avait 8 ans de plus…

De temps à autre, elle me demandait d’aller à la pharmacie Boucher sur la 4e Avenue (ne la cherchez pas, elle est disparue, englobée par la boucherie Couture) chercher quelque chose pour elle.

Quand j’arrivais à la pharmacie, je me nommais et le pharmacien me remettais un paquet tout léger, rectangulaire, enveloppé dans un papier kraft opaque que je ramenais à la maison. Sans plus… Je ne posais pas de question. Je n’étais pas curieux. Je me demande encore aujourd’hui ce qu’on m’aurait répondu si j’avais posé la question…

C’est bien plus tard que j’ai compris que ce petit service que je rendais à ma soeur arrivait une fois par mois!

[ À lire aussi : Souvenirs d’enfance (2) : En cette soirée de mai 195…. ]

Souvenirs d’enfance (2) : En cette soirée de mai 195…

Publié le 9 novembre 2009 par Julien DallaireCommentaires (1)

Un groupe de papetiers de l'Anglo, en 1949. (Source : Lettres de Limoilou, p. 130.)
En cette soirée de mai 195.., Monsieur T. est nerveux.

Sa femme l’a remarqué aussi. Il ne tient pas en place. Ils savent bien tous les deux pourquoi. Ils attendent une réponse qui peut changer leur vie.

Ils ont demandé un prêt à la Caisse populaire en vue de s’acheter une maison. Ils savent bien qu’ils n’ont pas de dette, que Monsieur T. a un bon emploi à l’Anglo Pulp et que toutes les chances sont de leur côté. Mais tout de même, on ne sait jamais…

Il appelle son bon voisin qui fait partie du Comité de prêts de la Caisse. Ce dernier lui répond que sa demande a été refusée parce qu’il est protestant.

Monsieur T. est estomaqué, lui qui a toujours été un bon catholique pratiquant. La méprise vient du fait que ce dernier parle anglais puisqu’il a été élevé en Nouvelle-Écosse. On a conclu…

La situation a été corrigée et Monsieur T. a obtenu son prêt.

[ À lire aussi : Souvenirs d’enfance (1) : La Saint-Jean-Baptiste. ]

Souvenirs d’enfance (1) : La Saint-Jean-Baptiste

Publié le 24 juin 2009 par Julien DallaireCommentaires (0)

Char allégorique de la compagnie Coca-Cola lors d’une parade de la St-Jean-Baptiste sur la 3ème Avenue à Limoilou, 24 juin 1958. Photo: Lefaivre & Desroches. Collection: Jocelyn Paquet. No LD-COMM-1982-1.C’est en regardant une photo (ci-contre) d’un char allégorique que me sont revenues des tas d’images reliées à la fête de Saint-Jean-Baptiste dans les années 50. On ne parlait pas encore de fête des Québécois. C’était la Saint-Jean-Baptiste, la journée officielle du début des vacances d’été pour les enfants.

La parade avait lieu sur la 3e Avenue, la grande artère commerciale du quartier. En après-midi. On y allait avec mon père. Ma mère restait à la maison pour s’occuper de mon petit frère. On essayait de se faufiler à l’avant pour être certain de tout voir. Malgré l’absence de lumières sur les chars, je les trouvais tellement beaux. Surtout le dernier de tous, celui du petit saint Jean Baptiste avec ses cheveux blonds bouclés et son mouton. Il ne me ressemblait pas. Mais il était un petit peu moi. Parce que le 24 juin, c’était mon anniversaire et cette parade, c’était un peu comme mon cadeau à moi tout seul.

[ À consulter entre autres, ce précédent billet portant sur les années 1950 à Limoilou. Aussi, Les Archives du Photographe (site officiel en préparation). ]

La 5e Rue à Limoilou

Publié le 9 mai 2009 par Julien DallaireCommentaires (2)

5e rue à Limoilou
Le tronçon de la 5e Rue, entre la 3e et la 8e Avenue, est particulièrement représentatif de la période 1906-1930. Il est des plus prisés des nouveaux acquéreurs de terrains de la Québec Land et cela se comprend; depuis 1897, une église est implantée en bout de rue et ferme la perspective.

Ainsi installée, elle confère à la 5e Rue une monumentalité indéniable et un grand pouvoir d’attraction. (Notez que le concept de perspective fermée sera repris plus tard à Saint-Albert-le-grand, Saint-Paul-Apôtre et Sainte-Odile). De nos jours, une certaine perspective donne à penser que chacun des clochers se pose au-dessus des rangées de maisons.

Rien d’étonnant à ce que la caserne de pompiers s’y installe, qu’une école soit construite et que la Caisse d’économie jouisse aussi de l’importance de la 4e Avenue en érigeant son édifice à angle droit dans le même style que la caserne. D’autres commerces aussi s’installeront : pensons à la charcuterie Lafleur en 1914.

À partir de 1930, la 3e Avenue prendra la place de la 5e Rue comme artère commerciale.

[ Source : Société historique de Limoilou ]

Clin d’oeil : les escaliers de Limoilou

Publié le 25 avril 2009 par Julien DallaireCommentaires (1)

Escaliers Limoilou, Québec
Le quartier Limoilou offre beaucoup d’intérêt sur le plan patrimonial. Les caractéristiques architecturales comme les balcons à chaque étage, les toits plats aux couronnements variés, les revêtements de brique et les escaliers de fer aux formes courbes constituent un tout qui, largement répandu sur un vaste territoire, assure au quartier une image très forte.

Parlant des escaliers, entre 1913 et 1939, selon le règlement municipal en vigueur, l’escalier extérieur ne peut atteindre que le premier étage. Ce sont les escaliers de forme tournante qu’ont retrouve le plus souvent (plus de mille exemplaires dans le Vieux-Limoilou) contre seulement 166 escaliers droits. Les autres formes (alcôves et vis) apparaîtront après 1939 lorsque les règlements le permettront.

[ Source : Société historique de Limoilou ]