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Chronique d’une rivière disparue (4) : Les premiers signes de détérioration de la Lairet

Publié le 8 mars 2010 par Réjean LemoineCommentaires (0)
Source : Archives de la Ville de Québec.

Avec l’urbanisation arrive la pollution de la rivière... Photo prise au début des années 1950, vraisenblablement à l'embouchure de la rivière du côté de l'actuel Parc Lairet. Source : Archives de la Ville de Québec.

La dégradation de la rivière Lairet débute dans les premières décennies du XXe siècle.

En 1898, la Compagnie de l’Exposition Provinciale achète la ferme du juge Bowen pour y tenir sa foire annuelle. Pour avoir accès au site de l’Exposition, la Ville fait construire une ligne de tramway reliant directement le quartier Saint-Roch au site de l’exposition par le Parc Victoria et la Pointe-aux-Lièvres.

Le promoteur immobilier Eugène Leclerc, aussi maire de Limoilou, et son associé Eugène Lamontagne achètent des terres agricoles autour du parc de l’Exposition pour profiter de l’arrivée du tramway. Le projet immobilier du Domaine Lairet est lancé en 1909 face au terrain de l’Exposition et la Compagnie des Terrains d’Orsainville rachète la propriété Parke qui comprend tous les terrains à l’embouchure de la Lairet. Au début des années 1910, une centaine d’habitations sont construites à proximité ou sur les rives du cours d’eau.

Avec l’urbanisation arrive la pollution de la rivière. Plusieurs dépotoirs se créent le long de la rivière, les nouveaux résidents se servent de la rivière comme égout collecteur. La Ville de Québec utilise l’embouchure de la Lairet pour y déposer tous les déchets de la ville dans les années 1930 avant la construction d’un incinérateur. Déjà dans les années 1920, des travaux de diversion du cours de la Lairet sont réalisés pour diminuer le nombre de méandres de la rivière, surtout dans le secteur de la 1ère Avenue, de la rue Saint-Adélard et du Boulevard des Alliés.

Par exemple, en 1938, le citoyen Alphonse Lambert qui demeure sur la rue Lamontagne se plaint à la ville de la présence d’un dépotoir au bout de la rue de l’Acadie. À cette hauteur, le lit de la rivière Lairet est rempli de déchets et de carcasses d’automobile. Les arbres tombés dans la rivière nuisent à l’écoulement des eaux. La Ville reçoit également de nombreuses plaintes d’éboulis, des citoyens tentant d’agrandir leur propriété à même les berges de la rivière.

La situation se corse en 1939 lorsque les religieuses et les médecins de l’hôpital Saint-François-d’Assise, ouvert en 1914, se plaignent au maire de Québec, Lucien Borne. Les Religieuses affirment dans une pétition qu’elles voient toujours venir avec appréhension la saison estivale car la rivière Lairet devient alors un étang marécageux d’où s’exhalent des odeurs fétides. Ces odeurs incommodent fortement les malades et se font plus insistantes durant la nuit, au point de devoir fermer toutes les fenêtres.

L’ingénieur en chef de la ville Édouard Hamel répond aux religieuses qu’il sera très difficile de régler ce problème sans construire un égout collecteur. En effet, les eaux polluées de la Saint-Charles sont refoulées dans la rivière Lairet à marée haute jusqu’à la hauteur de l’hôpital Saint-François-d’Assise.

Lorsque la marée redescend, les déchets et les excréments sont déposés sur les rives de la rivière Lairet. Comme le débit d’eau y est très bas, les déchets sèchent sur place. L’ingénieur prévoit que les plaintes vont devenir plus nombreuses avec l’augmentation de la population. Il affirme « que cette rivière coule présentement à travers un territoire qui se développe rapidement et son parcours est constitué de méandres compliqués sur plus d’un mille et demi ».

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Billets publiés et en projet dans cette rubrique

  • La Lairet en introduction (4 janvier 2010)
  • Les caractéristiques naturelles de la Lairet (18 janvier)
  • L’histoire sur les bords de la Lairet (8 février 2010)
  • Les premiers signes de détérioration de la Lairet (8 mars 2010)
  • Projet de canalisation de la Lairet des années 1940 (à déterminer)
  • La rivière Lairet comme égout à ciel ouvert (à déterminer)
  • Les difficiles années 1950 de la Lairet (à déterminer)
  • Enterrer la Lairet en trois phases (à déterminer)
  • À qui appartient le lit de la rivière Lairet (à déterminer)
  • La Lairet, premier projet de la Révolution tranquille (à déterminer)

Photos en complément

Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue (3) : L’histoire sur les bords de la Lairet

Publié le 8 février 2010 par Réjean LemoineCommentaires (0)

Source : à suivre

Rivière Lairet, 1887, Richard S. Burnett, Musée McCord.


Avant de devenir un cours d’eau pollué et méprisé, la Lairet a joué un rôle primordial aux premiers temps de la colonie.

Jacques Cartier, premier explorateur européen du fleuve Saint-Laurent pour le roi François 1er, va s’installer pendant huit mois et durant l’hiver 1535-1536 à l’embouchure de la rivière Lairet, petit havre naturel et sécuritaire. Arrivé avec un équipage de 110 hommes sur trois navires (la Petite Hermine, la Grande Hermine et l’Émérillon), il fait construire un fort sur le site actuel du parc Cartier-Brébeuf.

À l’embouchure de la Lairet se déroule la première cohabitation conflictuelle et orageuse entre les iroquoiens de la bourgade de Stadaconé et Cartier. Celui-ci sera durement éprouvé par son premier hiver au Canada. Ses navires sont pris dans les glaces de la Lairet, il tombe plus de quatre pieds de neige sur le fort construit par Cartier et tous ses hommes à l’exception d’une dizaine tombent malades du scorbut.

L’équipage est sauvé, à la dernière minute, après une promesse de pélerinage de Cartier à Roc-Amadour lors de son retour. Mais ce sont les Amérindiens qui sauvent la vie des Français en leur fournissant le remède salutaire qui guérit du scorbut : la tisane de cèdre blanc appelé anneda. Cartier perd quand même 25 hommes durant cet hiver. En guise de remerciement pour leur avoir sauvé la vie, Cartier repart en France en mai 1536 en kidnappant le chef amérindien Donnacona et une dizaine d’Amérindiens dont quatre enfants pour les ramener comme trophée de chasse au roi de France, François 1er. Quand Cartier reviendra cinq ans plus tard pour fonder une colonie à l’embouchure de la rivière Cap-Rouge, il n’est pas surprenant que les Amérindiens l’accueillent avec hostilité…

L’embouchure de la rivière Lairet ne restera pas longtemps inhabitée puisque dans les premières années de la fondation de Québec en 1626, les Jésuites se font concéder la seigneurie Notre-Dame des Anges qui couvre tout le territoire actuel entre le quartier Vanier et Beauport en remontant jusqu’à Charlesbourg. Ils font construire la ferme Notre-Dame des Anges sur la rive droite de la Lairet. L’édifice comprend quatre chambres, une chapelle et un réfectoire où peuvent vivre six personnes. Ils mettent en culture une vingtaine d’arpents le long de la rivière.

La ferme servira jusqu’à la Conquête anglaise de 1759 de maison de campagne et de jardin potager pour le Collège des Jésuites dans le Vieux-Québec. Les Jésuites sont chassés lors de la Conquête et la seigneurie passe aux mains du gouvernement anglais qui vend les terres à des colons britanniques.

Au XIXe siècle, sur les deux rives de la Lairet s’installent des constructeurs de navires en bois qui engagent des dizaines d’ouvriers. Le plus connu est l’irlandais Georges Holmes Parke qui fait construire sur les bords de la Lairet, entre 1832 et 1870, plus de 70 navires au long cours qui sillonneront les mers du monde. Il se fait ériger en 1841 une magnifique maison, la Villa Ringfield, que l’on retrouve aujourd’hui au 1885, avenue de la Sarre. Avec le déclin de la construction navale à la fin du XIXe siècle, les environs de la rivière Lairet se préparent à l’urbanisation. En effet en 1898, les propriétaires de la Compagnie de l’Exposition Provinciale achète la ferme Bowen pour en faire le site permanent de ce qui est devenu ExpoCité.

Le développement urbain des bords de la Lairet débute alors.

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Billets publiés et en projet dans cette rubrique

  • La Lairet en introduction (4 janvier 2010)
  • Les caractéristiques naturelles de la Lairet (18 janvier)
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Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue (2) : Les caractéristiques naturelles de la Lairet

Publié le 18 janvier 2010 par Réjean LemoineCommentaires (0)
Carte reproduite dans :  Raymonde Litalien et Denis Vaugeois. Champlain - La naissance de l'Amérique française. Éditions du Septentrion, 2004, 400 p.

Été 1608. Carte réalisée par Champlain pendant la construction de l'Habitation. Source : Raymonde Litalien et Denis Vaugeois. Champlain - La naissance de l'Amérique française. Éditions du Septentrion, 2004, 400 p.

Premier affluent de la rivière Saint-Charles à son embouchure, la rivière Lairet apparaît il y a 10 000 ans lors du retrait progressif de la mer de Champlain. Cette mer d’eau salée créée par la fonte des glaciers recouvrait l’ensemble de la vallée du Saint-Laurent, de Québec à Kingston, en Ontario. La dépression Cap-Rouge/ Limoilou se trouve alors au fond de cet océan. Le réseau hydrographique de la Saint-Charles se forme progressivement il y a 9 000 ans avec le retrait progressif de la mer.

Quand Champlain fonde Québec en 1608, il doit cohabiter avec 1,500 Montagnais, Micmacs et Algonquins qui forment une communauté estivale à l’embouchure de la Saint-Charles et dans la baie de Beauport [carte ci-contre, en haut, au centre]. Ils construisent des cabanes, viennent pêcher l’anguille, l’esturgeon ou le saumon et chasser le marsouin, la baleine blanche, l’outarde et la tourte. Ils organisent des festivités et nouent des alliances.

La richesse de l’écosystème leur permet de faire des provisions pour l’hiver. Au début du XVIIe siècle, l’embouchure de la Saint-Charles est formée d’un immense estuaire de battures et de prairies humides, soumis aux marées qui inondent le futur quartier Limoilou jusqu’au niveau de la 10e Rue. L’embouchure de la rivière se situe alors au niveau de l’actuel pont Drouin. La rivière Lairet, très poissonneuse, se trouve alors à proximité de l’embouchure.

Le développement de la ville va faire disparaître progressivement cet immense estuaire. En 1888, l’historien Ernest Gagnon décrit la rivière Lairet comme « une petite rivière ou au mieux un ruisseau qui n’est qu’un mince filet d’eau à marée basse. Mais quand la crue des eaux requiert sa plus grande intensité le cours d’eau devient alors aussi large que la rivière Saint-Charles ». Eugène Rouillard parle en 1914 dans un dictionnaire de géographie de la Lairet comme d’un ruisseau à peu près asséché, un ruisseau très large à son embouchure aux rives plus ou moins élevées vu les nombreux remplissages effectués.

À marée haute, la rivière Lairet peut avoir une largeur de 30 pieds. Avant la construction d’un barrage sur la Saint-Charles en 1970, la rivière bénéficie deux fois par jour d’une marée d’une quinzaine de pieds qui fait sentir ses effets jusqu’à la hauteur de l’hôpital Saint-François-d’Assise. La Lairet, avant sa canalisation, est donc jusqu’en 1960 une rivière à méandres au débit irrégulier avec des crues importantes et de fortes marées.

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[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue, la Lairet (1) : introduction

Publié le 4 janvier 2010 par Réjean LemoineCommentaires (3)
Extrait de la Mosaïque d’orthophotographies de 1948. Université Laval.

Extrait de la Mosaïque d’orthophotographies de 1948, Université Laval

La rivière Lairet, longue de plus de deux kilomètres, prenait sa source dans les premières collines de Charlesbourg (aujourd’hui dans le quartier Lebourneuf).

Premier affluent de la rivière Saint-Charles sur sa rive gauche, ce cours d’eau traversait donc les terres de Charlesbourg et de Limoilou. Son parcours très sinueux et erratique terminait sa course dans le parc Cartier-Brébeuf [photo : en bas, à gauche]

L’origine du nom Lairet demeure obscure. Il apparaît pour la première fois en 1626 et semble désigner des filets de pêche. Samuel de Champlain dessine sur une carte de Québec (1613) un filet de pêche à l’embouchure de la Lairet. Ces filets portent à l’époque le nom de rets. Sous le Régime français, on écrit le nom de la rivière de manière très variée : Larrai, Larret ou Lairet. Une autre hypothèse moins plausible voudrait que Lairet soit le nom d’un des premiers colons résidents de Charlesbourg.

Cette rivière, canalisée et redressée, est devenue dans les années 1960 un égout souterrain appelé l’émissaire Lairet. En 2005, cet immense tuyau de six mètres de diamètre s’est affaissé à son embouchure dans le parc Cartier-Brébeuf. La direction du parc décide alors en février de cette même année de déterrer et renaturaliser cette partie de la rivière Lairet afin de lui redonner son embouchure naturelle.

Pendant plus d’un siècle, les résidents des villes ont pollué, canalisé et enterré les ruisseaux et les rivières. Aujourd’hui, un mouvement environnemental international favorise la renaturalisation et le remise en lumière « daylighting » des rivières disparues. Présentement des projets ont cours dans plusieurs villes comme à Séoul en Corée du Sud, New-York, Los Angeles et Vancouver. L’objectif de ces projets est de  redonner de nouveaux axes verts à des quartiers complètement urbanisés et de combattre le réchauffement climatique.

Dans cet esprit, dans les prochaines semaines, j’esquisserai l’histoire de la rivière Lairet afin de comprendre pourquoi beaucoup d’argent et d’énergie ont été investis dans les années 1960 pour faire disparaître ce cours d’eau urbain.

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