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Chronique d’une rivière disparue (8) : canalisation de la Lairet

Publié le 5 juillet 2010 par Réjean LemoineCommentaires (3)

Travaux de canalisation de la Lairet dans le Vieux-Limoilou (lieu exact à déterminer). Source : Archives de la Ville de Québec.

Les méandres de la rivière posent également un problème pour le développement économique du quartier.

En mai 1958, la compagnie Coca-Cola demande à la Ville de Québec de détourner le cours du ruisseau Lairet afin d’agrandir son usine d’embouteillage, située sur la 1ère Avenue. Le Père Raymond Bernier effectue une démarche similaire en décembre 1959 afin de détourner la rivière Lairet des limites des terrains du Patro Roc-Amadour. Il demande de déplacer l’ancien lit de la rivière et de creuser un canal de 10 pieds de large pour faciliter l’écoulement des eaux.

Finalement, le 15 mars 1960, après plus de 25 années d’attente, le député provincial de Québec-Est et membre de l’Union Nationale, Armand Maltais, annonce la signature d’une entente avec la Ville de Québec pour débuter les travaux de canalisation de la rivière Lairet. Le gouvernement d’Antonio Barrette, à la veille d’une élection provinciale difficile en juin 1960, contribue pour $1,2 millions à la canalisation de la rivière et la Ville pour $400,000.

La canalisation de la rivière Lairet se réalisera en trois phases. Un premier contrat de $1 million est accordé à l’entreprise Magloire Cauchon en juin 1960 pour la réalisation d’un tronçon entre la rue de Lanaudière et la voie du Canadien Pacifique, derrière l’entreprise de Coca-Cola, en passant sur les terrains de l’Expo Provinciale. L’entrepreneur doit réaliser une canalisation de 12 pieds de diamètre en béton armé. Une canalisation secondaire de six pieds de diamètre doit drainer la rivière à partir du boulevard Benoit XV le long du boulevard des Alliés. Et une dernière doit faire une autre connexion avec la canalisation construite en 1954 de l’hôpital Saint-François-d’Assise.

On demande au professeur Bernard Michel, de la Faculté des Sciences, de réaliser un modèle réduit du projet de canalisation pour s’assurer de sa faisabilité. Il écrit dans son rapport : « Il est important que le canal soit le plus court et le plus droit possible pour diminuer les coûts et assurer le fonctionnement hydraulique ».

La deuxième phase des travaux débute en avril 1965. La compagnie François Marquis Ltd doit réaliser une canalisation de 10 pieds de diamètre le long de la rue des Cerisiers de la ligne de chemin de fer du Canadien Pacifique, aux limites de la ville de Charlesbourg, pour un montant de $1 million. Un dernier contrat est octroyé à la Compagnie J.A Auclair en février 1967 pour le tronçon inférieur de la rivière entre de Lanaudière et de l’Espinay. Un tuyau en béton armé est installé au coût de $250,000.

Entre 1960 et 1967, plus de $3 millions de fonds public servent à canaliser la rivière Lairet qui devient souterraine. Il restera dans les années 1970 à compléter la canalisation sur le territoire fédéral du parc Cartier-Brébeuf. Mais se pose alors un problème : à qui appartiennent les terrains créés par la canalisation de la rivière? Les avis juridiques de la ville affirment que la partie navigable de la Lairet jusqu’à l’hôpital Saint-François appartiendrait au gouvernement fédéral. Le lit de la rivière serait à la province de Québec. Plusieurs propriétaires riverains vont contester devant les tribunaux au début des années 1960 les prétentions de la ville.

Afin de régler la querelle juridique, le Gouvernement du Québec cède à la ville en mai 1962 le lit de l’ancienne rivière. La ville conserve une partie de ces terrains pour ouvrir de nouvelles rues ou pour créer le parc Lairet. Enfin, en juin 1964, elle accepte de céder les terrains excédentaires aux propriétaires riverains moitié-moitié de chaque côté l’ancien lit.

À la fin des années 1960, les travaux de canalisation de la Lairet sont terminés. Les gouvernements s’apprêtent en 1966 à signer une entente pour canaliser et bétonner la rivière Saint-Charles. Incapables d’assumer la gestion de ses déchets et de sa pollution les résidents de Québec font disparaître une rivière et s’apprête à en bétonner une autre. Tous ne sont pas d’accord. Un citoyen, Adrien Boucher, en novembre 1956, questionne dans le Courrier de Limoilou la pertinence de détourner une partie de la Saint-Charles et de canaliser la Lairet :

« L’histoire jugera d’une extrême sévérité les déprédateurs des beautés naturelles de Québec, ceux qui font disparaître ses rivières comme la rivière Lairet… Ceux qui s’attaquent maintenant à la rivière Saint-Charles pour la défigurer, l’amputer, la diminuer attachent leur nom à une action pernicieuse, la quelle leur sera à jamais reprochée… » FIN DE CETTE SÉRIE.

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Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue (7) : Les difficiles années 1950

Publié le 24 mai 2010 par Réjean LemoineCommentaires (0)

La rivière Lairet passera à l’histoire comme la terre promise des ambitieux, des coulissiers et des politiciens… (Courrier de Limoilou, 1er mai 1953.)

Le quartier Limoilou connaît, au début des années 1950, une urbanisation accélérée. De nouvelles paroisses se créent, au nord de la 18e Rue : Sainte-Claire d’Assise en 1950, Saint-Pie X en 1955 et Saint-Paul Apôtre en 1956. La construction de bungalows et l’arrivée de jeunes familles provoquent une augmentation rapide de la population. Le quartier voit sa population doublée : de 30,000 à 60,000 résidents. Mais le maire de Québec est incapable de concrétiser les deux projets les plus importants du quartier : la canalisation de la rivière Lairet et la création du parc Cartier-Brébeuf.

Source: Bibliothèque et archives nationales. Plans de villes et villages du Québec :<br />
Limoilou ward, city of Quebec. 1912.Pendant ce temps, la rivière Lairet continue de se dégrader. En 1951, les citoyens de Charlesbourg, par référendum, refusent de se doter d’un nouvel égout collecteur. Ainsi, les eaux usées des nouveaux quartiers en développement de Charlesbourg se déversent dans la Lairet, augmentant la surcharge de pollution. En octobre 1949, la Ville de Québec fait installer 25 enseignes le long de la rivière qui indiquent : « Défense absolue de déposer des déchets ou de la terre sur les bords de cette rivière ». Comble d’ironie, quelques mois plus tard, des employés municipaux se font prendre à déverser de la terre dans la rivière!

Pour limiter les odeurs épouvantables que dégagent la rivière, les autorités décident, en 1955, de prendre les grands moyens en épandant dans la rivière un produit chimique considéré aujourd’hui comme dangereux. À partir d’une petite station d’épandage située sur la rue des Lilas, la Ville va faire déverser 45 gallons de Cloroben, au rythme de 250 gouttes à la minute. Le chimiste Dominique Gauvin, du laboratoire municipal, constate le résultat : « Malheureusement, la rivière est quelque peu poissonneuse et les poissons affectés par le traitement roulent et vont mourir dans les longues herbes au bord de la rivière. Ils se décomposent et produisent de mauvaises odeurs. »

La Ville va également, en novembre 1957, déposer des petits sacs de poison pour exterminer les rats afin que ceux-ci n’établissent pas leur quartier d’hiver sur les bords de la rivière. Des clôtures sont également installées à certains endroits pour empêcher les enfants d’avoir accès aux berges. L’exaspération des citoyens atteint son paroxysme en 1953 lorsque le Bureau provincial d’hygiène empêche la construction de l’école primaire Sainte-Claire d’Assise à cause de l’insalubrité de la rivière.

La Ligue des citoyens de cette paroisse, au nom des 1,500 familles (6,000 personnes) vivant près de la Lairet demande sa canalisation dans les plus brefs délais. Elle dénonce le fait que le quartier Limoilou ne bénéficie pas d’un système d’égout adéquat. La Lairet, faisant office d’égout collecteur, bloque le développement de 64 rues dans le quartier.

La Ville met le feu aux poudres en proposant de remplir des boucles de la rivière avec les déchets domestiques de tous les quartiers de la ville. Un comité inter-paroissial, formé de toutes les ligues de citoyens du quartier songe sérieusement à proposer un référendum pour faire sécession de la ville de Québec. En éditorial, le Courrier de Limoilou écrit : « On laisse un quartier à l’abandon sous prétexte de manque d’argent. Une municipalité comme Limoilou ayant un montant taxable de $40 Millions et une population de 60,000 âmes peut très bien s’administrer elle-même ». Les politiciens municipaux se doivent de réagir vite.

Les citoyens sont fatigués du jeu de cache-cache entre le provincial et le fédéral qui refusent de financer la canalisation de la rivière Lairet et la réalisation du parc Cartier-Brébeuf.

[Ci-contre, en complément d'une autre carte publiée dans un précédent billet, le parcours de la Lairet dans le quartier Limoilou avant sa canalisation (carte commentée dans ce billet de Serge Alain). À suivre! ]

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Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue (6) : Le projet de canalisation de la Lairet

Publié le 3 mai 2010 par Réjean LemoineCommentaires (2)

À la suite des nombreuses plaintes des citoyens concernant la pollution de la rivière Lairet, le maire Lucien Borne de la Ville de Québec présente au Conseil municipal le 16 novembre 1945 un plan d’ensemble de nettoyage et de canalisation de la rivière Lairet [ébauche en introduction du billet précédent].

Depuis le début des années 1940, la Ville de Québec, grâce à l’appui du gouvernement fédéral, a investi $4 millions pour construire l’égout collecteur Saint-André qui amène au fleuve les eaux usées des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Ces travaux diminuent de 75% les rejets dans la rivière Saint-Charles. Il reste à régler le problème du quartier Limoilou.

Extrait.Le maire Borne propose donc la construction d’un canal souterrain capable d’écouler le débit maximum de la rivière Lairet à partir des limites nord de la ville jusqu’à la rivière Saint-Charles. Pour le maire, une fois construit, «ce canal permettra de procéder au remplissage et de faire disparaître toute trace du lit actuel de la rivière [lequel est illustré sur l'extrait de la Mosaïque d'orthophotographies de 1948, ci-contre.]. Ces travaux permettront de prolonger les services d’eau et d’aqueduc ainsi que les rues sans être obligés de construire et de maintenir une foule de ponts et de ponceaux».

La réalisation de ce projet est essentielle pour la ville et doit être à la base de tout programme important d’embellissement dans la Basse-ville. Le maire demande l’intervention du Fédéral, car le parcours sinueux et pollué de la rivière Lairet s’avère un danger pour la santé publique. Le développement de la ville est gêné et retardé par le cours d’eau pollué et constitue une perte d’espace pour la construction de résidences et de parcs. La récupération de ces terrains amènerait un bénéfice de $1 million. La rivière Lairet, encombrée de broussailles et d’éboulis de terrains, d’arbres morts et d’autres débris est également d’une laideur épouvantable.

L’ingénieur municipal Édouard Hamel propose donc un plan de canalisation en trois étapes, évalué à $1,5 million. Dans une première phase serait canalisée la rivière Lairet entre la rue Lamontagne et la ligne de chemin de fer du Canadien National. Deuxièmement, on s’attaquerait au secteur nord entre la ligne de chemin de fer et les limites de la ville vers Charlesbourg pour terminer le travail par la canalisation de l’embouchure de la rue Lamontagne à la rivière Saint-Charles.

Ce projet de canalisation doit permettre de réduire le parcours de la rivière dans le quartier Limoilou de 8,000 à 2,000 pieds en faisant disparaître les méandres compliqués de la rivière Lairet. La nouvelle canalisation devrait partir de l’embouchure de la rivière Lairet dans l’actuel parc Cartier-Brébeuf pour se diriger franc nord vers le Colisée, passer derrière le Patro Roc-Amadour pour emprunter la rue des Cerisiers. Une canalisation secondaire est prévue le long de la 22e Rue également.

Les autorités fédérales se font tirer l’oreille pour financer le projet. Louis Saint-Laurent, député de Québec-Est et ministre de la Justice à Ottawa, répond au maire Borne qu’il se voit incapable de convaincre ses collègues de financer un projet de canalisation de la Lairet. «Depuis quand la construction d’égouts est une responsabilité fédérale?» écrit-il au maire. Le maire Borne n’a pas plus de chance du côté du gouvernement provincial. Même si la canalisation de la Lairet est réclamée par la presse et les citoyens, le Premier ministre Maurice Duplessis affirme ne pas disposer des fonds actuellement pour soutenir ce projet. Pour le Premier ministre, le dossier est urgent. mais il ne peut que l’envoyer pour étude au département de la Santé et à celui des Travaux publics. La canalisation de la rivière Lairet devra attendre.

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Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue (5) : Enquête du département de la santé et projet de canalisation dans les années 1940

Publié le 5 avril 2010 par Réjean LemoineCommentaires (1)

Cité de Québec, 1943. Projet de canalisation de la Lairet. Source : archives historiques de l'hôpital Saint-François d’Assise.

Cité de Québec, 1943. Projet de canalisation de la Lairet. En jaune : le site de l'hôpital. Source : archives historiques de l'hôpital Saint-François d’Assise.


La pollution de la rivière Lairet provoque des plaintes de plus en plus fréquentes au début des années 1940.

Il y a d’abord les récriminations des médecins de l’hôpital Saint-François d’Assise qui demandent qu’on éloigne le cours d’eau pollué des abords de l’hôpital, puis suivent les plaintes des comités de citoyens. En 1942, la Ligue des citoyens de Stadacona dénonce la pollution causée par trois écuries qui déversent leur fumier dans la rivière. D’autres citoyens en ont contre les comportements des agriculteurs de Gros Pin et de Charlesbourg, en amont, qui déversent des déjections humaines et animales dans la Lairet.

Face à cette situation, le maire de Québec, Lucien Borne, demande au département de santé municipal de la Ville d’effectuer une enquête exhaustive sur l’état de la rivière Lairet. Au cours de l’été 1945, sous la supervision du médecin-hygiéniste Berchmans Paquet, les employés municipaux Joseph Gilbert et Louis-Philippe Bégin sont chargés d’inspecter chacune des propriétés le long de la rivière.

Le docteur Paquet fait rapport au conseil municipal en novembre 1945. Il dénonce « l’état absolument anti-hygiénique, insalubre et condamnable de la rivière Lairet. La rivière déborde de déchets, rebuts, détritus et d’immondices. Les habitations le long des rives vivent au contact immédiat avec ces immondices dans une atmosphère viciée propre aux maladies ». Il signale la présence de nombreux dépotoirs sur le parcours de la rivière. Il constate également le débit inégal de la rivière qui provoque des inondations au printemps et durant l’été des périodes de sécheresse où l’eau devient stagnante et se putréfie.

Il ajoute : « Les nombreux enfants du quartier jouent et se baignent dans la rivière et risquent ainsi d’attraper la tuberculose, la diphtérie, la typhoïde ou la scarlatine. Ce risque de contagion s’étend ainsi à tous les citoyens de la ville. Il recommande de condamner ce cours d’eau comme une nuisance et comme une cause d’épidémie. Selon lui, « la rivière Lairet est l’une des grandes causes d’insalubrité qui existe dans la ville de Québec ».

Le docteur Paquet recommande de parachever le réseau d’égout collecteur de la ville commencée avant 1939 dans les quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Il faut également écluser et dresser un barrage à l’embouchure de la Saint-Charles afin de faire cesser les marées qui repoussent les déchets dans la Lairet. En attendant, il recommande de nettoyer régulièrement les berges et le lit de la rivière Lairet. Mais la vraie solution consiste à creuser, redresser ou canaliser cette rivière. L’ingénieur municipal Édouard Hamel commence à travailler dès 1941 à un plan pour enterrer et canaliser la rivière Lairet et ainsi la faire disparaître du paysage de Limoilou (plan ci-haut).

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Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue (4) : Les premiers signes de détérioration de la Lairet

Publié le 8 mars 2010 par Réjean LemoineCommentaires (0)
Source : Archives de la Ville de Québec.

Avec l’urbanisation arrive la pollution de la rivière... Photo prise au début des années 1950, vraisenblablement à l'embouchure de la rivière du côté de l'actuel Parc Lairet. Source : Archives de la Ville de Québec.

La dégradation de la rivière Lairet débute dans les premières décennies du XXe siècle.

En 1898, la Compagnie de l’Exposition Provinciale achète la ferme du juge Bowen pour y tenir sa foire annuelle. Pour avoir accès au site de l’Exposition, la Ville fait construire une ligne de tramway reliant directement le quartier Saint-Roch au site de l’exposition par le Parc Victoria et la Pointe-aux-Lièvres.

Le promoteur immobilier Eugène Leclerc, aussi maire de Limoilou, et son associé Eugène Lamontagne achètent des terres agricoles autour du parc de l’Exposition pour profiter de l’arrivée du tramway. Le projet immobilier du Domaine Lairet est lancé en 1909 face au terrain de l’Exposition et la Compagnie des Terrains d’Orsainville rachète la propriété Parke qui comprend tous les terrains à l’embouchure de la Lairet. Au début des années 1910, une centaine d’habitations sont construites à proximité ou sur les rives du cours d’eau.

Avec l’urbanisation arrive la pollution de la rivière. Plusieurs dépotoirs se créent le long de la rivière, les nouveaux résidents se servent de la rivière comme égout collecteur. La Ville de Québec utilise l’embouchure de la Lairet pour y déposer tous les déchets de la ville dans les années 1930 avant la construction d’un incinérateur. Déjà dans les années 1920, des travaux de diversion du cours de la Lairet sont réalisés pour diminuer le nombre de méandres de la rivière, surtout dans le secteur de la 1ère Avenue, de la rue Saint-Adélard et du Boulevard des Alliés.

Par exemple, en 1938, le citoyen Alphonse Lambert qui demeure sur la rue Lamontagne se plaint à la ville de la présence d’un dépotoir au bout de la rue de l’Acadie. À cette hauteur, le lit de la rivière Lairet est rempli de déchets et de carcasses d’automobile. Les arbres tombés dans la rivière nuisent à l’écoulement des eaux. La Ville reçoit également de nombreuses plaintes d’éboulis, des citoyens tentant d’agrandir leur propriété à même les berges de la rivière.

La situation se corse en 1939 lorsque les religieuses et les médecins de l’hôpital Saint-François-d’Assise, ouvert en 1914, se plaignent au maire de Québec, Lucien Borne. Les Religieuses affirment dans une pétition qu’elles voient toujours venir avec appréhension la saison estivale car la rivière Lairet devient alors un étang marécageux d’où s’exhalent des odeurs fétides. Ces odeurs incommodent fortement les malades et se font plus insistantes durant la nuit, au point de devoir fermer toutes les fenêtres.

L’ingénieur en chef de la ville Édouard Hamel répond aux religieuses qu’il sera très difficile de régler ce problème sans construire un égout collecteur. En effet, les eaux polluées de la Saint-Charles sont refoulées dans la rivière Lairet à marée haute jusqu’à la hauteur de l’hôpital Saint-François-d’Assise.

Lorsque la marée redescend, les déchets et les excréments sont déposés sur les rives de la rivière Lairet. Comme le débit d’eau y est très bas, les déchets sèchent sur place. L’ingénieur prévoit que les plaintes vont devenir plus nombreuses avec l’augmentation de la population. Il affirme « que cette rivière coule présentement à travers un territoire qui se développe rapidement et son parcours est constitué de méandres compliqués sur plus d’un mille et demi ».

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Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue (3) : L’histoire sur les bords de la Lairet

Publié le 8 février 2010 par Réjean LemoineCommentaires (0)

Source : à suivre

Rivière Lairet, 1887, Richard S. Burnett, Musée McCord.


Avant de devenir un cours d’eau pollué et méprisé, la Lairet a joué un rôle primordial aux premiers temps de la colonie.

Jacques Cartier, premier explorateur européen du fleuve Saint-Laurent pour le roi François 1er, va s’installer pendant huit mois et durant l’hiver 1535-1536 à l’embouchure de la rivière Lairet, petit havre naturel et sécuritaire. Arrivé avec un équipage de 110 hommes sur trois navires (la Petite Hermine, la Grande Hermine et l’Émérillon), il fait construire un fort sur le site actuel du parc Cartier-Brébeuf.

À l’embouchure de la Lairet se déroule la première cohabitation conflictuelle et orageuse entre les iroquoiens de la bourgade de Stadaconé et Cartier. Celui-ci sera durement éprouvé par son premier hiver au Canada. Ses navires sont pris dans les glaces de la Lairet, il tombe plus de quatre pieds de neige sur le fort construit par Cartier et tous ses hommes à l’exception d’une dizaine tombent malades du scorbut.

L’équipage est sauvé, à la dernière minute, après une promesse de pélerinage de Cartier à Roc-Amadour lors de son retour. Mais ce sont les Amérindiens qui sauvent la vie des Français en leur fournissant le remède salutaire qui guérit du scorbut : la tisane de cèdre blanc appelé anneda. Cartier perd quand même 25 hommes durant cet hiver. En guise de remerciement pour leur avoir sauvé la vie, Cartier repart en France en mai 1536 en kidnappant le chef amérindien Donnacona et une dizaine d’Amérindiens dont quatre enfants pour les ramener comme trophée de chasse au roi de France, François 1er. Quand Cartier reviendra cinq ans plus tard pour fonder une colonie à l’embouchure de la rivière Cap-Rouge, il n’est pas surprenant que les Amérindiens l’accueillent avec hostilité…

L’embouchure de la rivière Lairet ne restera pas longtemps inhabitée puisque dans les premières années de la fondation de Québec en 1626, les Jésuites se font concéder la seigneurie Notre-Dame des Anges qui couvre tout le territoire actuel entre le quartier Vanier et Beauport en remontant jusqu’à Charlesbourg. Ils font construire la ferme Notre-Dame des Anges sur la rive droite de la Lairet. L’édifice comprend quatre chambres, une chapelle et un réfectoire où peuvent vivre six personnes. Ils mettent en culture une vingtaine d’arpents le long de la rivière.

La ferme servira jusqu’à la Conquête anglaise de 1759 de maison de campagne et de jardin potager pour le Collège des Jésuites dans le Vieux-Québec. Les Jésuites sont chassés lors de la Conquête et la seigneurie passe aux mains du gouvernement anglais qui vend les terres à des colons britanniques.

Au XIXe siècle, sur les deux rives de la Lairet s’installent des constructeurs de navires en bois qui engagent des dizaines d’ouvriers. Le plus connu est l’irlandais Georges Holmes Parke qui fait construire sur les bords de la Lairet, entre 1832 et 1870, plus de 70 navires au long cours qui sillonneront les mers du monde. Il se fait ériger en 1841 une magnifique maison, la Villa Ringfield, que l’on retrouve aujourd’hui au 1885, avenue de la Sarre. Avec le déclin de la construction navale à la fin du XIXe siècle, les environs de la rivière Lairet se préparent à l’urbanisation. En effet en 1898, les propriétaires de la Compagnie de l’Exposition Provinciale achète la ferme Bowen pour en faire le site permanent de ce qui est devenu ExpoCité.

Le développement urbain des bords de la Lairet débute alors.

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  • La Lairet en introduction (4 janvier 2010)
  • Les caractéristiques naturelles de la Lairet (18 janvier)
  • L’histoire sur les bords de la Lairet (8 février 2010)
  • Les premiers signes de détérioration de la Lairet (à déterminer)
  • Enquête du département de la santé et projet de canalisation dans les années 1940 (à déterminer)
  • Le projet de canalisation de la Lairet (à déterminer)
  • Les difficiles années 1950 (à déterminer)
  • La réalisation du projet de canalisation de la Lairet (à déterminer)
Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue (2) : Les caractéristiques naturelles de la Lairet

Publié le 18 janvier 2010 par Réjean LemoineCommentaires (0)
Carte reproduite dans :  Raymonde Litalien et Denis Vaugeois. Champlain - La naissance de l'Amérique française. Éditions du Septentrion, 2004, 400 p.

Été 1608. Carte réalisée par Champlain pendant la construction de l'Habitation. Source : Raymonde Litalien et Denis Vaugeois. Champlain - La naissance de l'Amérique française. Éditions du Septentrion, 2004, 400 p.

Premier affluent de la rivière Saint-Charles à son embouchure, la rivière Lairet apparaît il y a 10 000 ans lors du retrait progressif de la mer de Champlain. Cette mer d’eau salée créée par la fonte des glaciers recouvrait l’ensemble de la vallée du Saint-Laurent, de Québec à Kingston, en Ontario. La dépression Cap-Rouge/ Limoilou se trouve alors au fond de cet océan. Le réseau hydrographique de la Saint-Charles se forme progressivement il y a 9 000 ans avec le retrait progressif de la mer.

Quand Champlain fonde Québec en 1608, il doit cohabiter avec 1,500 Montagnais, Micmacs et Algonquins qui forment une communauté estivale à l’embouchure de la Saint-Charles et dans la baie de Beauport [carte ci-contre, en haut, au centre]. Ils construisent des cabanes, viennent pêcher l’anguille, l’esturgeon ou le saumon et chasser le marsouin, la baleine blanche, l’outarde et la tourte. Ils organisent des festivités et nouent des alliances.

La richesse de l’écosystème leur permet de faire des provisions pour l’hiver. Au début du XVIIe siècle, l’embouchure de la Saint-Charles est formée d’un immense estuaire de battures et de prairies humides, soumis aux marées qui inondent le futur quartier Limoilou jusqu’au niveau de la 10e Rue. L’embouchure de la rivière se situe alors au niveau de l’actuel pont Drouin. La rivière Lairet, très poissonneuse, se trouve alors à proximité de l’embouchure.

Le développement de la ville va faire disparaître progressivement cet immense estuaire. En 1888, l’historien Ernest Gagnon décrit la rivière Lairet comme « une petite rivière ou au mieux un ruisseau qui n’est qu’un mince filet d’eau à marée basse. Mais quand la crue des eaux requiert sa plus grande intensité le cours d’eau devient alors aussi large que la rivière Saint-Charles ». Eugène Rouillard parle en 1914 dans un dictionnaire de géographie de la Lairet comme d’un ruisseau à peu près asséché, un ruisseau très large à son embouchure aux rives plus ou moins élevées vu les nombreux remplissages effectués.

À marée haute, la rivière Lairet peut avoir une largeur de 30 pieds. Avant la construction d’un barrage sur la Saint-Charles en 1970, la rivière bénéficie deux fois par jour d’une marée d’une quinzaine de pieds qui fait sentir ses effets jusqu’à la hauteur de l’hôpital Saint-François-d’Assise. La Lairet, avant sa canalisation, est donc jusqu’en 1960 une rivière à méandres au débit irrégulier avec des crues importantes et de fortes marées.

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  • La Lairet en introduction (4 janvier 2010)
  • Les caractéristiques naturelles de la Lairet (18 janvier)
  • L’histoire sur les bords de la Lairet (à déterminer)
  • Les premiers signes de détérioration de la Lairet (à déterminer)
  • Enquête du département de la santé et projet de canalisation dans les années 1940 (à déterminer)
  • Le projet de canalisation de la Lairet (à déterminer)
  • Les difficiles années 1950 (à déterminer)
  • La réalisation du projet de canalisation de la Lairet (à déterminer)
Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]

Chronique d’une rivière disparue, la Lairet (1) : Introduction

Publié le 4 janvier 2010 par Réjean LemoineCommentaires (4)
Extrait de la Mosaïque d’orthophotographies de 1948. Université Laval.

Extrait de la Mosaïque d’orthophotographies de 1948, Université Laval

La rivière Lairet, longue de plus de deux kilomètres, prenait sa source dans les premières collines de Charlesbourg (aujourd’hui dans le quartier Lebourneuf).

Premier affluent de la rivière Saint-Charles sur sa rive gauche, ce cours d’eau traversait donc les terres de Charlesbourg et de Limoilou. Son parcours très sinueux et erratique terminait sa course dans le parc Cartier-Brébeuf [photo : en bas, à gauche]

L’origine du nom Lairet demeure obscure. Il apparaît pour la première fois en 1626 et semble désigner des filets de pêche. Samuel de Champlain dessine sur une carte de Québec (1613) un filet de pêche à l’embouchure de la Lairet. Ces filets portent à l’époque le nom de rets. Sous le Régime français, on écrit le nom de la rivière de manière très variée : Larrai, Larret ou Lairet. Une autre hypothèse moins plausible voudrait que Lairet soit le nom d’un des premiers colons résidents de Charlesbourg.

Cette rivière, canalisée et redressée, est devenue dans les années 1960 un égout souterrain appelé l’émissaire Lairet. En 2005, cet immense tuyau de six mètres de diamètre s’est affaissé à son embouchure dans le parc Cartier-Brébeuf. La direction du parc décide alors en février de cette même année de déterrer et renaturaliser cette partie de la rivière Lairet afin de lui redonner son embouchure naturelle.

Pendant plus d’un siècle, les résidents des villes ont pollué, canalisé et enterré les ruisseaux et les rivières. Aujourd’hui, un mouvement environnemental international favorise la renaturalisation et le remise en lumière « daylighting » des rivières disparues. Présentement des projets ont cours dans plusieurs villes comme à Séoul en Corée du Sud, New-York, Los Angeles et Vancouver. L’objectif de ces projets est de  redonner de nouveaux axes verts à des quartiers complètement urbanisés et de combattre le réchauffement climatique.

Dans cet esprit, dans les prochaines semaines, j’esquisserai l’histoire de la rivière Lairet afin de comprendre pourquoi beaucoup d’argent et d’énergie ont été investis dans les années 1960 pour faire disparaître ce cours d’eau urbain.

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Billets publiés et en projet dans cette rubrique

  • La Lairet en introduction (4 janvier 2010)
  • Les caractéristiques naturelles de la Lairet (18 janvier)
  • L’histoire sur les bords de la Lairet (à déterminer)
  • Les premiers signes de détérioration de la Lairet (à déterminer)
  • Enquête du département de la santé et projet de canalisation dans les années 1940 (à déterminer)
  • Le projet de canalisation de la Lairet (à déterminer)
  • Les difficiles années 1950 (à déterminer)
  • La réalisation du projet de canalisation de la Lairet (à déterminer)
Principales sources pour cette chronique : Archives de la ville de Québec et de l’hôpital Saint-François d’Assise. Dossiers de correspondance des maires Lucien Borne et Wilfrid Hamel. Le Courrier de Limoilou, L’Action Catholique et Le Soleil de l’époque.

[ À lire : Réjean Lemoine : chroniqueur urbain pour MonLimoilou! et Vue aérienne de Limoilou en 1948. ]