
Crédit photo : André Picard / Code Culture
Un soir de Saint-Jean-Baptiste, une Rochette et un McKennet copulent en franglais sur un érable du Domaine de Maizerets. Lui, il laissera sa place à bien d’autres hommes de passage; elle, déguisée en gros clown, elle accouchera sur un char allégorique lors du premier Carnaval de Québec. Annette, s’appellera l’enfant, en souvenir du cornichon sur servi à la mère affamée. Emmitouflées dans Bonhomme, elles se cramponnent l’une à l’autre.
Les canards ont disparu dans le Limoilou de petite Annette, mais pas Alphonsine, une vache clandestine qui broute le 1534 de la Canardière. Sa mère, Ghislaine, broute la vie par les deux bouttes pendant que la jeune fille patine, pédale et envoie des bouteilles à la mer, via la Saint-Charles. Surtout, elle tricote entre la vie et la mort, la sienne comme celle du rêve d’un pays.
Le soleil se lève et se couche sur Limoilou dans cette pièce de théâtre où, sur l’emblématique corde à linge qui traverse la scène, sont épinglés des morceaux d’identité du Québec entre 1954 et le 20 mai 1980, jour du référendum. Destins en soi tragiques que ceux d’Annette et de sa mère, mais digérés par une langue musclée et une interprétation généreuse qui séduisent. L’une comme l’autre, nous les devons à Anne-Marie Olivier qui, dans un environnement pure laine, ramène ces jours-ci Annette sur la glace du Périscope après un premier tour de piste remarqué en 2009. En équilibre sur ses patins, l’auteure-comédienne glisse dans un décor qui se réinvente continuellement, alors qu’une balle de laine incarne tour à tour une rondelle de hockey et un bébé, et un pouf en tricot rouge sert tantôt de chien, tantôt de lit. Même la mise en scène connaît une seconde vie, Pierre-Philippe Guay reprenant le flambeau pour tisser serrés les éléments scénographiques et le texte, avec comme résultat une étonnante cohésion.
Il fait froid, sur cette patinoire où se jouent les épreuves des personnages, mais les rires mêlés de larmes sauront vous réchauffer. À voir au Périscope d’ici le 28 janvier 2012; la vidéo qu’ont réalisé hier nos collègues de Code Culture en compagnie d’Anne-Marie Olivier achèvera de vous convaincre.