
Brûlerie Limoilou. Photo : Jean Cazes, 17 janvier 2012.
Résumé (partie 2) d’un premier rendez-vous à la
Brûlerie Limoilou avec le nouveau député fédéral de Beauport–Limoilou,
Raymond Côté, un résident de longue date du quartier.
* * *
Papier White Birch étant à capital fermé, elle n’a pas de comptes, de chiffres à rendre. J’ai parlé aux employés, au syndicat, à des journalistes : tout le monde est désemparé de ne pas avoir de preuves concrètes que l’usine est en difficulté. Le problème concerne surtout l’investisseur, le propriétaire américain Peter Brant, un « prédateur » qui n’a jamais vraiment été intéressé par la production de papier!
Oui, il faut être ouvert à l’investissement étranger, mais quand l’État canadien ne cherche pas à établir de garanties, des paramètres minimaux à respecter, là aussi il y a un sérieux problème. Avec la loi actuelle sur Investissement Canada, par exemple, le seuil imposé au ministre pour examiner une transaction est au-dessus de 300 M $ : cela exclut un grand nombre de transactions avec des investisseurs étrangers potentiels. Comme le NPD cherche à réformer cette loi, à lui donner des dents, il vient de déposer à la 41e Législature son projet de loi C-334. Entre autres buts, celui-ci vise d’une part à abaisser le seul d’examen de transaction à 100 M $ et d’autre part, à obliger le ministre à consulter les acteurs concernés par cette transaction (travailleurs, élus locaux, clients de l’entreprise…) et à révéler dorénavant un minimum d’informations par souci de transparence. On espère que ça fera fuir les « prédateurs » tout en favorisant les investisseurs sérieux vraiment intéressés par la mission de l’entreprise. Autrement dit, on souhaite par notre réforme contrecarrer des plans qui ne profitent aucunement à l’ensemble de la société.
La fermeture de la White Birch, en plus d’entraîner la perte d’importantes retombées fiscales, touche non seulement les travailleurs de la région de Québec mais aussi, justement, tous les acteurs concernés dont les sous-traitants. Le carnet de commande était pourtant rempli jusqu’en mars! Les impacts d’une fermeture d’une grosse entreprise sont énormes au plan de l’économie locale. Comme les gens cherchent d’abord à combler leurs besoins de base, toute une série de commerces, d’institutions, de centre de loisirs avec qui ils font normalement affaire risquent d’en souffrir : on risque de détruire aussi l’esprit communautaire du quartier.
Un autre projet de loi que l’on souhaite déposer est le C-331, bloqué l’hiver dernier à la Chambre des communes et qui doit malheureusement suivre un processus d’examen pouvant s’étirer sur des mois. Toujours dans le souci de rééquilibrer le rapport de force avec le propriétaire, comme c’est le cas avec l’usine de Limoilou, le C-331 vise à donner au travailleur un statut de créancier privilégié protégeant son fond de pension en cas de faillite de l’entreprise.
Dans tout ce contexte, finalement, il faut le dire, le gouvernement actuel, anti-syndical, cherche à niveler le rapport de force entre les travailleurs et la partie patronale. On convient que c’est difficile de trouver un équilibre, mais on ne parle pas assez dans les médias des relations de travail exemplaires. Postes Canada, par exemple, vivait une longue période de paix avant que les conservateurs offrent à la direction d’imposer des conditions de travail à rabais. Une étude a démontré que les 100 plus grands dirigeants d’entreprise au Canada gagnaient en moyenne 189 fois le salaire moyen d’un travailleur canadien : la disparité des revenus s’accroît, avec des conséquences énormes au plan économique tels la multiplication des emplois précaires, mal rémunérés et les fonds de pension réduits. Il faut en être conscient et agir en tant qu’électeur. »
Dernier volet dans la semaine du 5 février :
Lutte à la pauvreté et à l’exclusion sociale
[ Volet 1 : Transports, urbanisme et développement durable. À consulter notamment : L’«impossible» déclin de Papiers White Birch. ]